Cette note doit son existence à un lecteur qui se reconnaîtra (merci à toi, L., c'était intéressant à mettre au propre et à ordonner un peu ce bazar là).
L'hédonisme et l'épicurisme sont habituellement balancés sans nuance dans le fourre-tout des doctrines philosophiques du plaisir, sans que la différence entre les deux soit bien claire pour tout le monde. Faut dire que c'est pas si simple. Alors je me lance, et j'vous explique (un peu)...
Déjà, s'agit-il vraiment de deux doctrines philosophiques ? C'est à dire de deux ensembles cohérents, historiquement balisés, avec des défenseurs et des détracteurs, et une assise conceptuelle univoque ? Pour l'épicurisme on peut dire que oui ; pour l'hédonisme, pas si sûr... Il y a bien Aristippe de Cyrène (je vous laisse aller voir qui c'est tous seuls comme des grands), dont le nom est associé à la chose comme un de ses premiers penseurs, mais évidemment, comme souvent, il ne reste quasiment rien de lui qui puisse nous donner une idée un peu précise de ce que pouvaient être sa pensée et son enseignement dans le détail - si tant est d'ailleurs qu'il ait enseigné.
En grec le mot hèdonè signifie plaisir - plaisir physique au sens propre. Il a grosso modo pour équivalent latin voluptas (je ne vous fais pas un dessin sur ce que peut vouloir dire voluptas, c'est assez transparent).
Si l'on suit donc la logique des mots en -isme, un hédoniste est un sinistre individu qui fait du plaisir le principe directeur de ses actes et de ses décisions. Jouissance pour tous, tous pour la jouissance !
Toujours grosso modo, le slogan le plus connu de l'hédonisme, c'est le fameux carpe diem d'Horace, "cueille le jour", une transcription joliment imagée du kairos grec - l'occasion à saisir au vol, le bonheur avant qu'il ne se sauve.
Jouissons donc de ce qui se présente, nous dit l'hédoniste, au moment où cela se présente, sans réflexion sur le passé ni trop d'anticipation de l'avenir ; car la jouissance est le seul vrai bien, et elle ne connaît ni passé ni avenir, elle est toute entière dans l'instant.
Vous remarquerez comment là, on est déjà insensiblement passé de la description d'un principe (le plaisir) à la prescription qui en découle (le plaisir, ok, mais comment). Parce que c'est bien joli de dire que tout est pour jouir, mais le choix de jouir implique de multiples décisions, elles-mêmes découlant de la réponse que l'hédoniste est bien obligé d'apporter à certaines questions, entre autres :
- tous les plaisirs sont-ils aussi bons ? Y a-t-il une échelle des plaisirs qui pourrait nous amener à en préférer certains - et donc à en refuser d'autres ?
- comment s'assurer la jouissance ? Quid de la pauvreté, de la maladie, de la mort ?
- que faire vis-à-vis de ce qui n'est pas plaisir, mais qu'il faut parfois choisir par nécessité (travailler, se lever alors qu'on dormirait bien un peu plus, mettre un préservatif...) ?
L'hédoniste se retrouve donc comme un couillon, ramené à la bonne vieille question initiale : c'est quoi, au fait, le plaisir ? Est-ce que ça ne concerne que le corps ? Et s'il y a aussi des plaisirs de l'esprit, en ce cas, tout peut devenir plaisir dans certaines circonstances - y compris, soyons fou, la vertu. Oui oui, on peut jouir de sa propre moralité, j'en connais. L'essentiel de la morale chrétienne est d'ailleurs plus ou moins fondé sur l'idée qu'il y a un plaisir à faire le bien et à renoncer au monde, plaisir qui n'est qu'un avant-goût prometteur des félicités de l'au-delà.
Donc l'hédoniste, derrière son mot d'ordre en apparence simplet, ne se simplifie pas la tâche. Sa vie est une succession de coups de dés appuyés sur des intuitions parfois assez vagues, des hiérarchies souvent brouillonnes, et une obligation quasi insurmontable de se détemporaliser le plus possible. Tout ça est séduisant mais manque de barreaux auxquels s'agripper. No future, ça donne le vertige.
Les épicuriens pourraient être définis comme des hédonistes frileux. Les messieurs Prudhomme de la jouissance, qui souhaitent mettre un peu d'ordre dans tout ça. Parce que quand la borne est passée, n'est-ce pas, il n'y a plus de limites - et les limites, les épicuriens, ça les fait jouir.
La doctrine épicurienne propose une appréhension très rigoureuse - et souvent austère - du mot d'ordre hédoniste, tout d'abord en définissant plus précisément ce qu'il faut entendre par plaisir. Le maître du Jardin, Epicure, l'identifie à l'absence de douleur. Si j'ai très soif et que je bois un verre d'eau, voilà mon plaisir ; il est entier, parfait, pas besoin d'un grand vin ; c'est ce qu'on appelle le plaisir "stable". Bon, évidemment, les autres hédonistes bougonnent : un chablis blanc bien sec c'est tout de même meilleur qu'un verre d'eau. Ok, ok, Epicure introduit alors la notion de plaisir "en mouvement" : la chatouille supplémentaire qui fait que si j'ai le choix entre les deux, il y en a un qui me semblera meilleur. Mais attention : la différence n'est que de degré, non de nature. Et le plaisir en mouvement, instable par définition, n'est pas préférable - c'est même le contraire. Ainsi, un ventre bien rempli (même de vieilles croûtes) est toujours une bonne chose - une baise formidable mais potentiellement source de complications, non. L'hédonisme épicurien est donc une ascèse.
Sur le problème du temps, les épicuriens introduisent un peu de subtilité là aussi. Pour que la jouissance ait lieu, il faut quand même un minimum d'anticipation - justement parce que tout n'est pas forcément à choisir dans l'éventail des plaisirs supposés. Alors l'épicurien soupèse ses désirs, les évalue en fonction de leur dangerosité, les classe - s'agit-il d'un désir naturel (manger) ou artificiel (devenir une rock-star), nécessaire (toujours manger mais aussi pratiquer la philosophie) ou non nécessaire (sauter la petite blonde, boire une douzième bière) ? La pratique philosophique est supposée entraîner l'élève épicurien à effectuer ce type de calcul, pour le conduire sur la voie de la vie heureuse, celle qui sera débarrassée de la souffrance et pleine des vrais plaisirs...
Je ne rentre pas davantage dans le détail, tout ce qui précède est un aperçu grossier. Disons pour résumer que l'hédonisme est une aspiration, tandis que l'épicurisme est une éthique. Il y a bien d'autres exemples d'éthiques, antiques ou modernes, qui cherchent à encadrer l'hédonisme pour le rendre possible. On peut y trouver un appui - ou pas. En ce qui me concerne, je suis assez peu prescriptive...
samedi 20 août 2011
mercredi 17 août 2011
La fixette amoureuse
C'est bien joli de repérer les pièges de l'amuur, mais ça n'empêche pas toujours de tomber dedans. Il y a des relations avec lesquelles les accommodements raisonnables sont difficiles - impossibles peut-être.
Ces relations ne sont ni plus belles ni plus profondes ou "sérieuses" (quel drame tout de même d'utiliser le même vocable pour désigner la vie affective et les impératifs fiscaux...), elles sont principalement plus encombrantes. On aime, on ne sait pas quoi en faire, et rien n'allège jamais le poids du sentiment éprouvé. La crise de folie érotique, plaisante le plus souvent, prend alors la forme d'une vilaine crise de foie.
Ces relations-là ont pour particularité de ne jamais bien se dérouler. Ce qui est assez logique si l'on considère comme l'auteur de ces lignes que l'affectif bien vécu entre adultes raisonnables éclaire et enjolive l'existence au lieu de la plomber. Auquel cas, il peut accompagner nos autres pensées ou activités, en leur donnant une jolie coloration bleu ciel - mais il ne s'y superpose pas comme un vilain pâté. L'amour serein sait se faire oublier ; la fixette amoureuse, nourrie par le manque, l'insatisfaction, le doute et la peur, oblitère tout ce qui n'est pas elle. Elle s'accroche comme le ténia, elle absorbe, elle contamine de son fiel les idées les plus enthousiasmantes, les projets les plus honorables.
Aucun remède à cet état. La victime de la fixette ne peut que ronger son frein, le temps seul saura affaiblir le parasite - jusqu'à ce qu'il ne soit plus, un jour, qu'un bien mauvais souvenir.
samedi 25 juin 2011
Pudeur, justice et autres choses oubliées
Sincèrement, Platon, on en revient.
J'en suis revenue moi-même, depuis ma découverte des sagesses hellénistiques qui mériteraient à mon humble avis de recueillir ne serait-ce que le dixième de l'attention actuellement dévolue par nos penseurs de tout poil au divin fondateur de l'Académie.
Platon, ce fasciste génial, dont la langue splendide dissimule (assez mal quand on le lit exhaustivement) une propension au sophisme qui personnellement m'indispose.
Platon surtout coupable à mes yeux d'avoir si bien jeté le trouble sur la valeur de l'expérience humaine qu'il faudra des siècles avant que la perspective empiriste sur le monde retrouve enfin droit de cité.
Mais mon anti-platonisme primaire ne va pas jusqu'à nier la présence, dans les pages des dialogues, de pépites d'intelligence que tous, nous gagnerions à méditer quand l'horizon social et politique s'obscurcit.
Il se trouve que ces perles éclosent souvent dans la bouche des adversaires de Socrate - évidemment de mon point de vue ce n'est pas une coïncidence. Car je suis convaincue que les sophistes profèrent une parole bien plus juste sur l'humain - plus juste et, pour cette raison, plus difficile à entendre. Cherchez le scandale, trouvez la vérité - morale cynique que je fais souvent mienne.
Le Protagoras contient l'un de ces trésors pour la pensée. Considérons le passage dans lequel le sophiste Protagoras, devant un parterre enchanté et soumis, décrit sous forme d'un mythe les débuts de l'humanité (320-321c). L'histoire est bien connue : le titan Epiméthée partage entre toutes les créatures vivantes les différentes facultés, mais oublie l'être humain, qui se trouve nu, sans aptitude spécifique et sans défense. Son frère Prométhée, par le vol du feu et des techniques, apanages des dieux olympiens, sauve l'humanité d'une mort certaine en lui permettant par son travail de pallier sa faiblesse naturelle ; Zeus punit cruellement Prométhée de son larcin.
Mais ne négligeons pas la fin du mythe - sa partie la plus remarquable. Car Zeus ne se contente pas de châtier Prométhée. Il parachève l'oeuvre du titan, en dotant les hommes des deux vertus sans lesquelles les capacités techniques nouvellement acquises ne feraient que les armer les uns contre les autres dans une guerre fatale pour l'espèce. Ces deux vertus, la justice et la pudeur, sont pour le sophiste Protagoras les conditions nécessaires pour toute vie sociale harmonieuse.
En ce qui concerne la justice, point n'est besoin d'être grand clerc pour en saisir la nécessité. La justice, c'est à dire les lois mais également l'instance capable de les faire respecter, de neutraliser celui qui les enfreint en protégeant ceux qui les respectent, est évidemment indispensable.
Mais pourquoi la pudeur ? C'est bien dans l'adjonction de cette seconde vertu que réside le génie du texte. Car l'appareil judiciaire le plus coercitif du monde n'est rien, ne sert à rien, s'il n'est pas accompagné d'une crainte presque sacrée d'attirer en mauvaise part l'attention sur soi ; si donc la pudeur ne vient pas réfréner le désir commun à tous de se hausser du col, de faire le malin, d'exhiber son pouvoir, ses privilèges, ses supposés talents.
La justice est toujours un voeu pieux. Les lois sont toujours contournées, bafouées, et chacun s'en accommode tant bien que mal dans ce grand jeu de dupe qu'est la démocratie. La révolte ne gronde réellement qu'à partir du moment où les infractions se font au grand jour, sans crainte ni du gendarme ni de la réprobation de ses concitoyens. On pardonne au voleur, parfois même au criminel. Mais on s'indigne du sans-gêne insupportable de celui qui fraude, vole ou tue publiquement, sans rougir, en toute quiétude. Alors disparaît le pacte social ; alors, les jours du souverain sont comptés.
J'en suis revenue moi-même, depuis ma découverte des sagesses hellénistiques qui mériteraient à mon humble avis de recueillir ne serait-ce que le dixième de l'attention actuellement dévolue par nos penseurs de tout poil au divin fondateur de l'Académie.
Platon, ce fasciste génial, dont la langue splendide dissimule (assez mal quand on le lit exhaustivement) une propension au sophisme qui personnellement m'indispose.
Platon surtout coupable à mes yeux d'avoir si bien jeté le trouble sur la valeur de l'expérience humaine qu'il faudra des siècles avant que la perspective empiriste sur le monde retrouve enfin droit de cité.
Mais mon anti-platonisme primaire ne va pas jusqu'à nier la présence, dans les pages des dialogues, de pépites d'intelligence que tous, nous gagnerions à méditer quand l'horizon social et politique s'obscurcit.
Il se trouve que ces perles éclosent souvent dans la bouche des adversaires de Socrate - évidemment de mon point de vue ce n'est pas une coïncidence. Car je suis convaincue que les sophistes profèrent une parole bien plus juste sur l'humain - plus juste et, pour cette raison, plus difficile à entendre. Cherchez le scandale, trouvez la vérité - morale cynique que je fais souvent mienne.
Le Protagoras contient l'un de ces trésors pour la pensée. Considérons le passage dans lequel le sophiste Protagoras, devant un parterre enchanté et soumis, décrit sous forme d'un mythe les débuts de l'humanité (320-321c). L'histoire est bien connue : le titan Epiméthée partage entre toutes les créatures vivantes les différentes facultés, mais oublie l'être humain, qui se trouve nu, sans aptitude spécifique et sans défense. Son frère Prométhée, par le vol du feu et des techniques, apanages des dieux olympiens, sauve l'humanité d'une mort certaine en lui permettant par son travail de pallier sa faiblesse naturelle ; Zeus punit cruellement Prométhée de son larcin.
Mais ne négligeons pas la fin du mythe - sa partie la plus remarquable. Car Zeus ne se contente pas de châtier Prométhée. Il parachève l'oeuvre du titan, en dotant les hommes des deux vertus sans lesquelles les capacités techniques nouvellement acquises ne feraient que les armer les uns contre les autres dans une guerre fatale pour l'espèce. Ces deux vertus, la justice et la pudeur, sont pour le sophiste Protagoras les conditions nécessaires pour toute vie sociale harmonieuse.
En ce qui concerne la justice, point n'est besoin d'être grand clerc pour en saisir la nécessité. La justice, c'est à dire les lois mais également l'instance capable de les faire respecter, de neutraliser celui qui les enfreint en protégeant ceux qui les respectent, est évidemment indispensable.
Mais pourquoi la pudeur ? C'est bien dans l'adjonction de cette seconde vertu que réside le génie du texte. Car l'appareil judiciaire le plus coercitif du monde n'est rien, ne sert à rien, s'il n'est pas accompagné d'une crainte presque sacrée d'attirer en mauvaise part l'attention sur soi ; si donc la pudeur ne vient pas réfréner le désir commun à tous de se hausser du col, de faire le malin, d'exhiber son pouvoir, ses privilèges, ses supposés talents.
La justice est toujours un voeu pieux. Les lois sont toujours contournées, bafouées, et chacun s'en accommode tant bien que mal dans ce grand jeu de dupe qu'est la démocratie. La révolte ne gronde réellement qu'à partir du moment où les infractions se font au grand jour, sans crainte ni du gendarme ni de la réprobation de ses concitoyens. On pardonne au voleur, parfois même au criminel. Mais on s'indigne du sans-gêne insupportable de celui qui fraude, vole ou tue publiquement, sans rougir, en toute quiétude. Alors disparaît le pacte social ; alors, les jours du souverain sont comptés.
mardi 24 mai 2011
Arachnophilia

Terrifiant ?
Ou magnifique ?
Pourquoi la plupart des gens ont-ils une peur panique de ces bestioles que je trouve fascinantes - et séduisantes ?
Peut-être sont-ils effrayés par leur étrangeté - les araignées ne ressemblent en rien à l'humain, il est quasiment impossible de les passer au crible de l'anthropomorphisme...
Beauté de ce corps ciselé comme un bijou, beauté de ces pattes harmonieuses, proportionnées, d'une hallucinante finesse, beauté de ces attaches fragiles, beauté de cette souplesse féline quand l'araignée se déplace... Beauté de ces constructions éphémères qu'elle offre, ces fantaisies géométriques sidérantes d'ordre et de folie...
mardi 10 mai 2011
On ne peut pas s'aimer à l'arrière d'un taxi
La soirée fut belle, comme toujours.
Elle n'aura pas de suite.
Car, comme toujours bien sûr, la liberté a le goût un peu amer des ruptures.
L'amertume a du charme, en l'occurrence. Le charme sent l'alcool fort, le cuir, l'obscurité, et le charme s'achève demain.
Demain qui est déjà là, car la nuit est très avancée.
Le taxi les emporte, ensembles - et déjà ils sont seuls. Leurs cuisses se touchent, leurs mains se nouent, mais le lien est coupé.
Et pourtant le corps n'a pas encore accepté ce que l'esprit lui dicte, et la mémoire lui revient, entêtante, favorisée par cette nuit, par cette odeur, par la chaleur qui émane de l'autre.
Les mains se promènent et retrouvent un chemin bien connu, plusieurs fois parcouru dans la fièvre et la joie. On pourrait, si l'on voulait...
On veut, bien entendu. On chuchote, on sourit, on aimerait jouer ce dernier jeu, avoir cette crânerie de sale gosse qui fait sa dernière bêtise.
Mais on ne peut pas s'aimer à l'arrière d'un taxi.
Et quand l'autre, arrivé à destination, s'éloigne, grignoté peu à peu, on se dit que c'est mieux. Mais on n'en pense pas moins...
Elle n'aura pas de suite.
Car, comme toujours bien sûr, la liberté a le goût un peu amer des ruptures.
L'amertume a du charme, en l'occurrence. Le charme sent l'alcool fort, le cuir, l'obscurité, et le charme s'achève demain.
Demain qui est déjà là, car la nuit est très avancée.
Le taxi les emporte, ensembles - et déjà ils sont seuls. Leurs cuisses se touchent, leurs mains se nouent, mais le lien est coupé.
Et pourtant le corps n'a pas encore accepté ce que l'esprit lui dicte, et la mémoire lui revient, entêtante, favorisée par cette nuit, par cette odeur, par la chaleur qui émane de l'autre.
Les mains se promènent et retrouvent un chemin bien connu, plusieurs fois parcouru dans la fièvre et la joie. On pourrait, si l'on voulait...
On veut, bien entendu. On chuchote, on sourit, on aimerait jouer ce dernier jeu, avoir cette crânerie de sale gosse qui fait sa dernière bêtise.
Mais on ne peut pas s'aimer à l'arrière d'un taxi.
Et quand l'autre, arrivé à destination, s'éloigne, grignoté peu à peu, on se dit que c'est mieux. Mais on n'en pense pas moins...
lundi 25 avril 2011
Fumeuse
Elle fume.
Le matin, quand il fait frais, que tout est encore silencieux dans les rues, et que le cliquetis du briquet au fond de sa poche réveille l'envie de fumer.
Avec le café de midi, entourée de collègues et de camarades qui goûtent également le plaisir d'en "griller une", sous le regard désapprobateur des abstinents de passage.
Le soir, sur le balcon, en regardant tomber la lumière qui, devenue rasante, nimbe de rose les sureaux du jardin.
La clope est parfois frénétique, parfois contemplative. Tantôt elle accompagne le mouvement d'humeur, la rage, le chagrin ; la main tremble en l'allumant, la bouche se pince et l'on tire pour aspirer le poison qui détendra, c'est certain - rassurant, bienfaisant poison...
Tantôt elle ponctue le moment d'accalmie, l'esprit se pose en sa compagnie dans une contrée paisible et enroule de claires pensées tout au long du fil de fumée qui monte, tranquille...
Elle fume, et souhaiterait qu'on lui tolère ce plaisir vénéneux qui l'habille et la protège... De quoi ? De la nudité triste d'une journée sans cigarette.
Fumer tue, certes ; mais l'idée même que chaque bouffée la rapproche peut-être de la fin ajoute encore à la jouissance tranquille qu'elle éprouve à se donner, quotidiennement, cette petite mort parfumée.
Le matin, quand il fait frais, que tout est encore silencieux dans les rues, et que le cliquetis du briquet au fond de sa poche réveille l'envie de fumer.
Avec le café de midi, entourée de collègues et de camarades qui goûtent également le plaisir d'en "griller une", sous le regard désapprobateur des abstinents de passage.
Le soir, sur le balcon, en regardant tomber la lumière qui, devenue rasante, nimbe de rose les sureaux du jardin.
La clope est parfois frénétique, parfois contemplative. Tantôt elle accompagne le mouvement d'humeur, la rage, le chagrin ; la main tremble en l'allumant, la bouche se pince et l'on tire pour aspirer le poison qui détendra, c'est certain - rassurant, bienfaisant poison...
Tantôt elle ponctue le moment d'accalmie, l'esprit se pose en sa compagnie dans une contrée paisible et enroule de claires pensées tout au long du fil de fumée qui monte, tranquille...
Elle fume, et souhaiterait qu'on lui tolère ce plaisir vénéneux qui l'habille et la protège... De quoi ? De la nudité triste d'une journée sans cigarette.
Fumer tue, certes ; mais l'idée même que chaque bouffée la rapproche peut-être de la fin ajoute encore à la jouissance tranquille qu'elle éprouve à se donner, quotidiennement, cette petite mort parfumée.
vendredi 1 avril 2011
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